Extraits de Mortelle Renaissance

Extraits du roman Mortelle Renaissance

Début

Marco consulta une nouvelle fois l’agenda de son ordinateur portable.
Jeudi 6 juin 2013, 16:34. Toulon. Soleil. 32° C.

Encore une bonne heure de voyage, soupira le jeune homme en étendant ses longues jambes sous le siège du train. Le TGV qui reliait Paris à Nice reprit un peu de vitesse dans la plaine des Maures. Marco fit glisser son doigt sur l’écran tactile pour relire une nouvelle fois le courrier que lui avait envoyé son père la semaine dernière et qu’il avait scanné. Cela restait un mystère. La façon même dont le message lui était parvenu était un mystère.
Il avait été posté vendredi dernier à Marseille. Or son père n’avait jamais mis les pieds à Marseille. Et il ne risquait pas de le faire, vu qu’il souffrait d’une phobie des voyages l’empêchant de s’éloigner de plus de quelques kilomètres de son petit village de Villeneuve – Loubet.

C’était même la raison principale qui avait poussé sa mère à demander le divorce quatorze ans plus tôt, alors que Marco n’avait encore que quatre ans. Elle voulait remonter à la capitale, voyager, rencontrer du monde et il ne pouvait même pas envisager de prendre le train.

Alors qui avait bien pu poster ce message depuis Marseille ? Et pourquoi ne pas l’avoir tout simplement envoyé depuis Villeneuve – Loubet ?

Marco fronça les sourcils, relisant une nouvelle fois le texte manuscrit,reçu lundi matin. C’était bien l’écriture de son père, aucun doute là – dessus.Et la signature était la même. En caractères calligraphiés soigneusement couchés sur le papier à l’aide d’un stylo à plume, comme autrefois.

Mais le sens des phrases était plutôt bizarre :

« Marco, mon chéri, Tu sais à quel point ton absence m’est pesante et ô combien j’aimerais te voir près de moi. Je sais que tes études d’informatique t’obligent à rester à Paris. Tu viens d’avoir tes dix-huit ans et je m’étais promis de te révéler un important secret à ta majorité. Je suis surveillé. Mon téléphone est certainement écouté et mon courrier probablement filtré. C’est pourquoi j’ai usé d’un stratagème pour t’envoyer cette lettre. Il faut que tu viennes me rejoindre le plus vite possible.

Ne te fie à personne, pas même à la police locale. Il ne sert à rien que je te résume ici tout ce que j’ai à te dire.

Le secret que j’ai à te transmettre est tellement extraordinaire que tu ne me croirais pas. Aussi ai-je fait en sorte que tu découvres progressivement les éléments qui m’ont conduit à faire cette découverte qui changera ta vie.

Tu trouveras chez moi suffisamment d’indices qui te mettront sur la bonne voie. Ainsi, tu pourras juger par toi-même et non pas me croire sur parole. Dès que tu seras convaincu de la gravité des choses, alerte les autorités judiciaires (mais pas celles de Villeneuve-Loubet ou des environs, car je crois en un complot).

Quand tu liras cette lettre, j’aurai probablement disparu mais ils ont besoin de me garder en vie. Fais très attention à toi car ils sont très forts et très organisés. Ne t’approche surtout pas du château tant que tu n’auras pas résolu toute l’énigme : ta vie serait en danger.

Ton père qui t’aime par-dessus tout.

Geoffroy di Ventile. » …

Chapitre 6

…Il y avait quelque chose de bizarre dans cet anachronisme : un maire en tenue Renaissance avec un téléphone portable à la main. Instinctivement, les autres s’étaient rapprochés de lui.
Personne ne fit attention à Marco qui, n’écoutant que son instinct, venait de sauter pour attraper le bas de la terrasse. Il se balança sur le côté, envoyant son pied droit crocheter dans le fer forgé qui protégeait le rebord du balcon. Il fit un rapide rétablissement et parvint à se hisser sur la terrasse. La fumée noire devenait toujours plus épaisse. Il disparut aux yeux du petit groupe resté dans la rue.– Jeune homme, revenez ! Vous n’avez pas le droit d’entrer, il faut attendre les pompiers ! cria le maire.– Marco ! Le maire te dit de revenir ! cria à son tour Clotilde.Mais Marco ne les écoutait plus. Le spectacle qu’il avait sous les yeux aurait épouvanté n’importe qui. Il lui fallut près d’une minute pour réaliser que ce qu’il y avait devant lui était bien un être humain. Un être humain en train d’achever de se consumer.
Dans les premières secondes, il n’avait d’abord vu qu’un tas de vêtements en train de fumer. Des lambeaux de soie et de velours noirs qui avaient encore vaguement la forme d’une veste, entourant un gros tas de cendres de près d’un mètre de haut. Plus loin au sol, on distinguait ce qui avait été une manche. A l’intérieur de cette manche, un tas de cendres grises formait un long cylindre fumant qui se terminait affreusement par le squelette d’une main.
Entre les osselets blancs du pouce et le majeur, un grand téléphone portable noir continuait à sonner. C’était le téléphone que Marco venait d’appeler.
Un modèle dernier cri à écran tactile et compatible 4G.Il manquait quelque chose à ce macabre tableau. Marco finit par trouver quoi en suivant du regard la direction donnée par l’index du squelette, juste avant qu’il ne soit lui aussi réduit en poussière. Elle avait eu le temps de rouler sous la table du salon. Elle fumait encore, pleine de cheveux grillés, les orbites vides et la mâchoire grimaçante. Elle. La tête de la costumière.Marco mit sa main devant sa bouche, retenant un spasme. Il se précipita pour sortir de la pièce, les yeux agressés par cette fumée à l’odeur horrible qui s’échappait du cadavre. Il arriva à tâtons de ce qui était la cuisine de la maison et vomit un bon coup. Lorsqu’il se redressa, son pied heurta une petite bouteille tombée au sol. Une bouteille identique à celle que Clotilde lui avait montrée la veille sur le parking.
Instinctivement, il ramassa le flacon. Il contenait encore un peu de liquide blanchâtre. Il le fourra dans sa poche au moment où retentissait la voix du maire au bas de l’escalier. Adossé à l’évier, il fit face à Clotilde et au maire qui venaient de débouler dans le salon, la main sur la bouche pour se protéger des émanations de fumée noire.Clotilde poussa un hurlement en découvrant le cadavre. Puis elle se tourna vers Marco, entra dans la cuisine et l’attrapa par le bras. Elle l’entraîna avec une force insoupçonnée vers l’escalier qui menait au rez-de-chaussée.
En passant devant la porte d’entrée, Marco constata avec étonnement qu’il y avait une clé engagée dans la serrure de la porte.
Une clé du côté extérieur de la maison…Il n’eut pas le temps de s’arrêter. Un pompier en tenue jaune et noir faillit le renverser, un extincteur à la main et son casque antifumée sur la tête. Marco se retrouva dehors, aussitôt pris en charge par un autre pompier. Quelques villageois s’étaient regroupés. Tous les balcons des maisons voisines étaient pleins de monde qui y allait de leur petit commentaire.…