Extraits du tome 1

dauphins-banniere

Extrait 1

La naissance de Jaanani

Assise à l’avant du bateau, les jambes fouettées par les vagues qui explosaient autour de l’étrave, Cathy observait, fascinée, la troupe de dauphins qui glissait de part et d’autre du navire.

Cela faisait plus d’une demi-heure que son père avait mis le cap sur l’île de Saint Honorat au large de Cannes et la jeune fille ne se lassait pas d’admirer les sauts et les accélérations foudroyantes que faisaient les dauphins pour négocier les remous du bateau.On aurait dit qu’ils volaient au raz de l’eau, songea Cathy, admirative. Elle aurait tellement aimé être capable de nager aussi vite.

Âgée d’une douzaine d’années, elle avait un corps déjà bien musclé, grâce aux nombreuses heures passées à nager avec son père dans les eaux du monde entier.

Dorian, son petit frère âgé de 10 ans vint soudain la rejoindre à l’avant du bateau.

Il était encore plus bronzé que sa sœur. Probablement grâce à l’héritage génétique de sa mère, Isabella, une sud-américaine que son père avait épousée en secondes noces voilà une quinzaine d’années.Le jeune garçon s’appuya au bastingage de la proue et se pencha vers sa sœur pour lui crier:– Papa dit qu’on va bientôt arriver !Cathy hocha la tête sans répondre. Elle n’avait pas envie que son petit frère vienne encore la coller. Elle était trop bien avec ses amis dauphins.

Pour lui montrer à quel point elle s’entendait bien avec eux, elle fit signe à un des dauphins de sauter hors de l’eau. L’animal lui obéit instantanément.Très fière, elle leva le bras et fit tourner sa main plusieurs fois. Le dauphin reprit de l’élan et se projeta en l’air avant de tournoyer plusieurs fois hors de l’eau.

– Tu as vu ? Ils me comprennent trop bien ! fit Cathy en guettant du coin de l’œil la réaction de son frère.

Peuh ! Moi aussi, je sais le faire ! riposta Dorian.

Le petit garçon se pencha à son tour et claqua des mains en direction des dauphins. Mais aucun d’eux ne répondit à son appel. Dépité, Dorian essaya encore une ou deux fois puis laissa tomber.

– De toute façon, je m’en fiche, moi je sens ce qu’ils me disent dans ma tête, fit-il en bougonnant avant de repartir vers l’arrière du bateau.

– Terre en vue ! cria soudain Cathy en pointant du doigt une frange verte qui apparaissait à l’horizon entre les vagues.

Elle sauta sur ses pieds et fit de grands gestes à son père, Bernard, dont la moustache apparaissait de l’autre côté de la vitre de la cabine de pilotage.

Le bateau continua à pleine vitesse pendant encore cinq minutes puis Bernard réduisit les gaz et laissa le puissant hors-bord glisser sur son erre. Les dauphins disparurent dans les profondeurs de la Méditerranée en quelques coups de nageoire.

Le bateau s’immobilisa bientôt à proximité des rochers de la plage.

L’eau transparente laissait entrevoir un à pic sous-marin impressionnant à quelques mètres d’une forêt de posidonies. Bernard avait jeté l’ancre très près du lagon, dans une anse à l’abri des vagues du large. Malgré ses deux mètres tout en muscles, le papa de Cathy avait fort à faire pour transporter tout le matériel de plongée hors de leurs caissons de rangement.

– Aidez-moi les enfants, nous allons rendre visite à vos amis, leur lança Bernard en tendant une combinaison de plongée à sa fille.

– Je peux venir moi aussi ? demanda Dorian d’une petite voix pleine d’espoir.

– Et qui va garder le navire, capitaine ? lui répondit Bernard doucement.

– Allez, Papa ! C’est la dernière plongée avant la rentrée, le supplia Dorian, déjà tout triste à l’idée de devoir encore rester seul à bord.

Bernard hésita un instant. Il aurait aimé plonger plus profondément pour observer les dauphins. Mais cela ne serait pas possible si ses enfants venaient avec lui. Le scientifique décida de jouer la prudence. Il valait mieux se contenter d’une petite plongée pour limiter les risques. Et dans ce cas, ses deux enfants pouvaient effectivement l’accompagner.

– Allez, enfile ta combinaison, bonhomme ! Tu fais partie des bagages, lui dit gentiment son père en lui tendant ses affaires.

– Ouais, génial ! Dorian se tortilla dans tous les sens pour mettre sa combinaison intégrale puis il enfila ses palmes.

Cela faisait déjà deux ans qu’il plongeait et le matériel n’avait plus de secret pour lui. La petite troupe décida donc d’oublier les bouteilles et de se contenter des tubas. Pour une plongée à moins de dix mètres, cela suffirait amplement. Et les dauphins venaient plus facilement à leur rencontre quand ils plongeaient en apnée.

Quelques instants plus tard, tout le monde était à l’eau et les deux enfants, tels des petits canards,
palmaient à toute vitesse derrière les grandes jambes de leur père, en direction des rochers. Bernard était un spécialiste des dauphins missionné par Monaco pour étudier la relation entre la disparition progressive de ces animaux marins et la pollution en Méditerranée.

Les dernières constatations étaient inquiétantes pour l’avenir et les rapports de Bernard attendus avec impatience. Cela faisait quinze ans qu’il bourlinguait d’un océan à l’autre pour étudier la faune sous-marine en se spécialisant progressivement sur l’étude des dauphins. Ses deux enfants étaient quasiment nés dans l’eau et passaient le plus clair de leur temps dans la mer quand ils n’avaient pas cours. Depuis la naissance de Dorian neuf ans plus tôt, il n’avait plus quitté la Côte d’Azur.

Bernard était troublé par les relations de plus en plus fortes qui semblaient unir ses enfants avec les dauphins, en particulier avec sa fille. Ces animaux étant assez familiers, ils avaient pris l’habitude de venir presque tous les jours à leur rencontre dès qu’ils détectaient leur présence dans l’eau. Le scientifique ne comprenait pas comment ces mammifères parvenaient à deviner la direction qu’il allait prendre avec son bateau.

À chaque fois qu’il quittait le port, il partait dans une direction différente (son but étant d’étudier le plus de surface sous-marine possible pour ses rapports). Et pourtant, à chaque fois les dauphins le retrouvaient et venaient s’amuser autour de son bateau, attendant qu’il veuille bien se mettre à l’eau. C’était à croire qu’ils le guettaient à la sortie du port. Cette fois encore, dès que les plongeurs furent dans l’eau, les dauphins apparurent.

Ils étaient une dizaine. Deux familles de l’espèce des Grands Dauphins avec leur bouche qui semble toujours vous sourire. Bernard avait parfois du mal à les identifier dans l’eau. Il fallait vraiment
qu’il puisse observer leurs nageoires dorsales et les traces caractéristiques (coquillages incrustés, cicatrices, tâches…) qui permettaient de les différencier.

Cathy en revanche semblait n’avoir aucun mal à les identifier instantanément dès qu’ils poussaient un cri ou venaient la frôler. À croire qu’elle arrivait à communiquer avec eux, se disait leur père, intrigué par ses capacités.

Cathy ôta son tuba pour parler à son père :

– Regarde, Papa ! Il y a une femelle qui attend un petit !

Le scientifique se laissa descendre sous la surface de l’eau pour apercevoir ce que lui montrait sa fille. Il eut le temps de voir le ventre gonflé d’une petite femelle marquée d’une tache blanche au front. Il aperçut aussi la bague métallique attachée au sommet de sa nageoire dorsale. Une bague avec un symbole d’identification. Un dauphin militaire, pensa aussitôt Bernard.

C’était la première fois de sa vie qu’il avait la possibilité d’en apercevoir un. Bernard regretta de ne pas avoir pris son équipement complet de plongée. Il aurait pu suivre la femelle et attendre qu’elle mette bas. Il était fréquent que les dauphins viennent se reproduire près des côtes, là où l’eau est généralement plus chaude. Et la zone protégée au large des îles de Lérins était riche en poissons de toutes sortes.

La petite femelle s’approcha doucement de Cathy et la regarda attentivement en cessant de nager, comme si elle voulait lui faire comprendre quelque chose. Cathy se mit à caresser l’animal sauvage qui se laissa faire quelques secondes.

Puis tout alla très vite : Cathy posa sa main à l’avant du rostre de la femelle et s’y agrippa fermement. Le dauphin se remit à nager, d’abord lentement, comme pour s’assurer que la petite fille n’allait pas lâcher prise, puis de plus en plus vite tout en restant à la surface.

Dorian attrapa lui aussi le rostre d’un autre dauphin et se fit emmener à son tour à toute allure vers le large. Bernard remonta à la surface, inquiet de voir disparaître d’un coup ses deux enfants. Même s’il les savait habitués à ce mode de transport original (ils fréquentaient souvent les dauphins du Marineland d’Antibes). Deux autres dauphins se mirent à tourner autour de lui en poussant de petits cris stridents.

L’un d’eux sauta hors de l’eau d’un seul coup de sa puissante queue et passa au-dessus de sa tête avant de retomber dans un grand jaillissement d’eau. L’animal, un puissant mâle de plus de trois mètres de long, stoppa net à proximité de Bernard et lui fit de petits signes de tête. L’une de ses nageoires latérales était baguée.

Le scientifique resta interdit, ne sachant que faire. L’animal poussa de petits cris impatients et vint placer son rostre dans le creux de sa main.

Cette fois, Bernard comprit et attrapa à son tour le museau de l’animal. La seconde d’après il crut qu’il venait de se faire tracter par un hors-bord.

Il eut juste le temps de tordre son buste pour se mettre sur le côté et ne pas avaler toute l’eau qui venait se plaquer sur son corps. La force du dauphin était impressionnante.

Bernard dut se cramponner à l’animal des deux mains. Il finit par trouver une position un peu plus confortable et se laissa emmener lui aussi vers le large. Ils nagèrent ainsi près de trois minutes et soudain Bernard se retrouva à côté de ses deux enfants.

– On est sur leur zone, fit joyeusement Cathy en voyant arriver son père.

– Non mais ! Qu’est-ce qui vous a pris de partir comme cela sans prévenir ! la gronda son père, soulagé de voir que Dorian était lui aussi sain et sauf.

– Mais Papa ! Tu as bien vu qu’ils voulaient qu’on les suive, protesta Cathy. Regarde au-dessous : derrière le récif on voit des bébés qui nagent avec leurs mères.

Bernard ravala sa colère et se décida à regarder sous l’eau. Effectivement, les dauphins semblaient avoir élu domicile auprès de ce grand récif qui affleurait à la surface de l’eau. Le scientifique eut le temps de compter cinq petits et une seule femelle probablement chargée du rôle de marraine.
D’ailleurs, les autres femelles qui avaient accompagné les humains étaient maintenant en train de rejoindre leur petit respectif et les poussaient du museau vers la surface pour les inciter à remonter respirer.

Certains petits avaient encore quelques poils sur le corps, signe qu’ils étaient nés récemment. Bernard connaissait parfaitement les mœurs des Grands Dauphins de Méditerranée, mais c’était la première fois qu’ils les voyaient venir à sa rencontre pour l’emmener vers leurs petits. À croire qu’ils tenaient à lui présenter leur famille, songea-t-il, amusé.

À moins que quelque chose de plus grave ne les ait poussés à venir solliciter l’aide des humains ?

– Pourquoi nous ont-ils fait venir ici ? demanda soudain Dorian, toujours accroché à la nageoire d’un dauphin.

– Je ne sais pas, mais c’est étrange, répondit Bernard. On dirait qu’ils veulent notre aide.

– Elle a peur, fit soudain Cathy qui caressait le melon de la petite femelle à tâche blanche.

Bernard nagea doucement vers elle et répondit :

– Comment le sais-tu ?

– Elle me l’a dit dans ma tête, expliqua Cathy d’une petite voix angoissée. Elle a vraiment peur, tu sais Papa. Il faut qu’on l’aide.

– Comment ça « Elle me l’a dit dans ma tête » ?

– Oui. Enfin, non. Ce n’étaient pas des mots. Elle m’a fait ressentir sa peur. Je te jure que c’est vrai.

– Tu es sûre que ce n’est pas ton imagination ?

– Cathy a raison, Papa, interrompit soudain Dorian. Moi aussi, elle me fait sentir des choses dans ma tête. D’ailleurs cela recommence ! Écoute-la bien, Papa …

Incrédule, Bernard vit que ses enfants semblaient se concentrer. Ils regardaient les grands yeux ronds du dauphin qui se laissait flotter à côté d’eux. Quelques sifflements se firent entendre et puis le dauphin se tut, comme s’il attendait une réponse.

– Ils ont peur des méchants hommes qui sont venus hier, dit Cathy. Ils voulaient capturer leurs petits.

– Attends ! Tu ne vas pas me dire que tu as compris ce qu’elle disait ?

– Mais Papa ! Ce n’est pas cela qui est important, implora Cathy. Ils sont en danger, tu ne comprends pas ? Il faut qu’on les protège ! Ils ne peuvent pas partir tant que la petite blanche n’aura pas eu son petit !

– Attendez un peu, là ! Vous ne les comprenez pas vraiment, protesta Bernard qui cherchait désespérément à rester rationnel. C’est votre imagination qui vous fait interpréter leurs cris, n’est-ce pas ?

– Non, Papa. On comprend ce qu’elle nous dit. Dans notre tête. Je te le jure ! insista Dorian, très sérieux.

– Dans ta tête ? Tu veux dire par télépathie ?

– C’est juste des idées, des sensations ou des images, reprit Cathy. Je ne sais pas vraiment. Mais en tous cas, oui, on la comprend.

– Prouve-le-moi, fit son père d’un ton sec.

Cathy resta sans voix un long moment. Elle ne voyait pas comment faire. Puis soudain, elle eut une idée.

– Regarde, Papa. Je vais penser très fort dans ma tête et dire à Naani, la petite blanche, de faire une pirouette devant toi. D’accord ?

– Et en plus elle connaît son nom… marmonna son père, incrédule.

Cathy ferma les yeux et se concentra quelques secondes. Soudain, la petite femelle blanche bondit hors de l’eau et exécuta une cabriole devant les yeux de Bernard, médusé.

– Alors ? Tu vois ? fit Cathy.

– Coïncidence. Demande-lui de nager à reculons, fit Bernard en haussant les épaules.

– Mais ce n’est pas vrai ! Vous les adultes, quand il faut nous faire croire au père Noël, vous êtes très forts, mais quand on vous demande de nous faire confiance, il n’y a rien à faire ! protesta Cathy.

– Qu’est-ce qu’il vient faire dans cette histoire, le père Noël ? demanda Dorian.

– Laisse tomber ! souffla Cathy. Se tournant vers son père, elle ajouta :

– Bon, si je la fais nager en arrière comme tu le veux, tu me croiras ?

– J’essaierai… Cathy haussa les épaules et se concentra de nouveau.

La seconde suivante, la petite femelle s’élança hors de l’eau, fit une volte-face en l’air et s’appuya sur sa nageoire caudale pour effectuer une splendide marche arrière. Impressionné, Bernard la suivit des yeux.
Elle semblait le regarder d’un air courroucé et ne cessa pas de pousser de petits cris stridents.

– D’accord, concéda Bernard. Elle te comprend. Et toi, tu as compris ce qu’elle vient de dire ?

– Oui. Elle est fâchée que tu ne croies pas.

– Et les autres dauphins aussi, tu les comprends ?

– Non. C’est bizarre, mais on dirait que seule Naani arrive à me parler par télépathie.

Bernard resta silencieux deux longues minutes. Il digérait l’information.
Ses enfants communiquaient avec un dauphin. Il ne manquait plus que cela…

– Bon, très bien, grommela Bernard. On va mouiller pour ce soir entre les deux îles de Lérins et surveiller les bateaux qui s’approchent. Si quelque chose arrive, j’alerterai les garde-côtes. Mais pas un mot sur vos, euh… pouvoirs à qui que ce soit, c’est bien compris ?

– Ouais ! Tu es le plus génial des papounets ! s’écria Cathy.

– Moui… C’est ça. Et bien sûr, tu vas pouvoir expliquer tout cela à ta nouvelle copine ? demanda Bernard en montrant du menton la petite femelle à tâche blanche.

– Carrément ! Il me suffit de penser très fort à ce que l’on va faire, fit Cathy.

La jeune fille joignit le geste à la parole et se remit à communiquer avec Naani. Juste après, la petite femelle poussa des caquètements de joie, vite imités par les autres dauphins.

– Ils vont nous ramener au bateau et ensuite nous attendre, traduisit Cathy en s’amusant de la tête que faisait son père.

Bernard vit le grand mâle revenir vers lui et lui présenter son rostre. Cette fois, le scientifique comprit aussitôt et se laissa emporter par l’animal, tout en vérifiant que ses deux enfants faisaient de même derrière lui.

…….

Extrait 2

Naani et Tanos

La nuit était presque tombée. Cathy adorait ce moment du crépuscule quand un dégradé de bleus sombres s’allongeait dans le ciel, juste avant l’émergence des premières étoiles. La mer s’était calmée et seul un léger balancement du bateau rappelait aux enfants qu’ils n’étaient pas au port, mais au mouillage dans l’étroit passage entre les deux îles de Lérins à proximité de Cannes.La présence de dauphins aussi près de la côte était quelque chose d’exceptionnel. Il arrivait que des pécheurs ou des plaisanciers croisent ces animaux à quelques milles de la côte, mais ils restaient généralement assez loin de l’eau polluée et peu poissonneuse des rivages méditerranéens.

Allongé à plat ventre à la proue, Dorian jouait à la vigie avec les jumelles de son père. Il guettait le moindre mouvement suspect à l’horizon. Et il avait fort à faire, car les îles de Lérins étaient fréquentées par beaucoup de plaisanciers venus de Cannes et des marinas alentour. Résultat : toutes les dix minutes, il poussait un hurlement pour signaler l’arrivée du bateau des bandits en approche de la zone des dauphins. Cathy était exaspérée et avait fini par se boucher les oreilles avec les écouteurs
de son baladeur pour ne plus l’entendre.

Dans la cabine avant, Bernard était connecté à Internet. Il avait relevé par GPS les coordonnées exactes de la zone des dauphins et cherchait des informations concernant ce groupe d’animaux dans les bases de données réservées aux scientifiques. Curieusement, personne ne semblait connaître l’existence de cette femelle dauphin pourtant identifiable comme propriété de l’armée.

Cette histoire de télépathie le troublait. Il faisait confiance à se enfants, mais restait tout de même dubitatif, car s’il parvenait à établir une preuve scientifique des capacités de communication de cette femelle dauphin, sa découverte pourrait faire l’effet d’une bombe dans l’opinion publique. Il n’était donc pas question de laisser de quelconques trafiquants ou pécheurs mal intentionnés venir s’attaquer à ces sympathiques animaux.
La liaison Internet avec la côte était mauvaise. Il regarda sa montre. Il était temps de faire manger les enfants.

Bernard déplia son grand corps et alla ouvrir un des coffres de la cabine pour en sortir la glacière contenant les restes de leur pique-nique de midi. Il n’avait pas initialement prévu de faire plusieurs repas avant de rentrer, mais ce qui restait serait suffisant au moins pour ce soir.
Le scientifique apporta la glacière à la proue du bateau. En entendant parler de sandwich, Dorian accepta d’abandonner sa surveillance durant quelques minutes.

Cathy vint rejoindre son père dans la pénombre. Ils n’avaient allumé aucune lumière pour ne pas attirer l’attention et seuls les feux de mouillage du bateau leur procuraient une faible lueur. Occupé à se préparer à manger, le petit groupe ne remarqua pas la vedette rapide qui glissait dans la
nuit tous feux éteints en direction de la zone des dauphins. Soudain, une ombre surgit à côté d’eux et bondit en l’air. Cathy eut tout juste le temps de planquer son sandwich dans son dos pour qu’il ne soit pas éclaboussé par une gerbe d’eau.

Des caquètements stridents leur vrillèrent les oreilles et elle mit quelques secondes à réaliser que c’était un Grand Dauphin qui venait de bondir en l’air juste au bord de leur bateau.

– Mais qu’est-ce qu’il nous veut, celui-là ? s’écria Dorian, énervé d’avoir été éclaboussé.

Cathy comprit la première. Ses yeux fouillèrent du regard l’obscurité en direction de la zone. Elle devina au loin la silhouette noire d’une vedette.

– Les dauphins sont en danger ! cria-t-elle en désignant la vedette du doigt à son père.

– On y va ! cria celui-ci. Cathy, va lever l’ancre ! Vite !

Bernard bondit vers la cabine de pilotage tandis que Cathy se précipitait à la proue. Le scientifique alluma tous les projecteurs du bateau et donna la puissance maximale à ses deux moteurs hors-bords de 150 cv.

– Ils nous ont vus ! Ils s’enfuient ! s’écria Dorian qui avait repris les jumelles.

Au loin, la silhouette noire de la vedette avait brusquement viré de bord et mit le cap vers le large. Bernard réfléchit rapidement. S’il prévenait les autorités maritimes, on lui demanderait d’apporter des preuves. Or la vedette noire n’avait fait que s’approcher de la zone. Rien de répréhensible en soi. Mais s’il laissait cette vedette s’enfuir, il y avait fort à parier que ces inconnus reviendraient un autre soir.

Et le scientifique ne se voyait pas rester toutes les nuits en mer pour protéger les dauphins. Il fallait donc au minimum identifier ces gens. Bernard coupa les projecteurs et éteignit tous ses feux de navigation.

– Qu’est-ce que tu fais, papa ? s’étonna Cathy en voyant son père agir de la sorte.

– Nous allons suivre cette vedette sans nous faire voir, lui répondit-il.

– Et les dauphins ? On ne va pas les laisser tous seuls, quand même ?

– Ne t’inquiète pas pour eux : nous reviendrons ensuite pour les protéger. Mais je dois absolument savoir qui sont ces gens.

La poursuite s’engagea. Bernard connaissait parfaitement cette partie de la côte. Il ne fallait surtout pas s’approcher trop près du rivage sous peine de se retrouver en plein milieu des parcs à huîtres de Juan les Pins.

Les lumières d’un avion de ligne passèrent soudain au-dessus de leurs têtes. L’appareil était en phase d’approche. Il survola silencieusement la baie des milliardaires et entama un virage sur l’aile pour s’aligner avec la piste de l’aéroport de Nice construit sur la mer. Heureusement pour Bernard, la lune était de la partie et éclairait le sillage d’écume laissé par les moteurs de la vedette mystérieuse. Afin de ne pas se laisser distancer, le scientifique avait dû lancer ses propres moteurs à pleine puissance. Il ne allait pas avoir peur pour glisser ainsi à pleine vitesse de nuit au-dessus des vagues, avec le risque permanent de toucher un obstacle flottant entre deux eaux.

Les enfants ne disaient rien. Ils gardaient leurs yeux rivés vers la silhouette de la vedette qu’ils poursuivaient. Leurs petites mains se cramponnaient au bastingage du bateau afin d’éviter de se faire déséquilibrer à chacun des chocs de la coque sur les vagues qu’ils chevauchaient.

– Ils se rapprochent de la côte ! cria soudain Dorian en désignant la vedette du doigt.

– On dirait qu’ils vont vers Antibes, cria à son tour Cathy.

Effectivement, la vedette avait entamé un large virage pour mettre le cap droit vers les remparts d’Antibes. Il y avait de nombreux navires au mouillage tout autour du port. Des plaisanciers qui n’avaient pas pu trouver de place à l’intérieur du port Vauban. Entre les lumières des navires et celles de la ville qui se reflétaient dans l’eau sombre, il devenait difficile de suivre du regard la silhouette noire de la vedette.

Quelques secondes plus tard, elle disparut derrière la silhouette imposante d’un yacht. Bernard fut obligé de réduire les gaz. Il changea de cap pour contourner le yacht et tenter de retrouver la trace de la vedette.

– Je la vois ! cria Cathy. Elle va vers un autre yacht !

Bernard plissa les yeux et aperçut enfin la silhouette que lui désignait sa fille. Visiblement, les occupants de la vedette jouaient à cache-cache avec eux. Mais Bernard n’était pas un débutant. Il remit les gaz et mit le cap vers l’avant du second yacht, afin de couper la route à la vedette.
Il était bien déterminé à s’approcher suffisamment près de ces bandits et espérait pouvoir rallumer ses projecteurs à la dernière minute afin de pouvoir lire leurs numéros d’identification.

La vedette disparut de nouveau derrière le second yacht. Bernard et les enfants ralentirent une nouvelle fois et attendirent que la vedette réapparaisse à l’avant du yacht. De longues secondes s’écoulèrent, mais rien ne se produisit. Inquiet, Bernard remit les gaz à pleine puissance pour dépasser l’avant du yacht. Ils contournèrent l’imposant bateau. Mais la vedette avait disparu. Exaspérés, les enfants se mirent debout et regardèrent dans toutes les directions.

Ils naviguèrent au ralenti durant de longues minutes avant de se rendre à l’évidence : la vedette avait réussi à les semer dans ce dédale de coques sombres. Bernard continua à progresser entre les yachts au mouillage et s’approcha d’un étrange bateau de couleur noire, très long et très bas sur l’eau.

Contrairement aux autres yachts ancrés dans la baie, il ne disposait pas de plusieurs ponts en terrasses, mais d’un seul niveau complètement plat. Très peu de hublots garnissaient ses flancs. À la place des habituelles forêts d’antennes, le navire comportait une seule grande sphère noire au sommet de sa structure pour accueillir ses radars de navigation. Le navire avait une immatriculation écrite en grec. Et aucune lumière ne brillait à ses hublots. Les enfants s’étaient mis à la proue de leur bateau
et écarquillaient les yeux pour tenter d’apercevoir la vedette.
Soudain, une silhouette familière se mit à glisser devant la proue de leur bateau.
Un dauphin les avait rejoints.

– C’est Tanos, le compagnon de Naani ! s’écria Cathy en se mettant à rire aux éclats.

Surpris, Bernard quitta la barre une seconde pour tenter d’apercevoir le dauphin.

– Parce que tu connais aussi, son nom ? grommela-t-il.

– Tu ne vas pas recommencer, papa ! protesta Cathy. Je t’ai déjà dit que je comprenais ce qu’elle me disait.

– Et bien alors, demande donc à ce Tanos s’il a vu la vedette !

Sans penser qu’il s’agissait d’une plaisanterie de son père, Cathy se tourna vers le dauphin et essaya de se concentrer sur ses pensées. La réponse lui parvint aussitôt, sans qu’elle n’ait fait le moindre effort.

– Il dit que la vedette qui pue est entrée dans le gros bateau noir, fit Cathy.

– Pardon ? s’étonna son père.

– Je te dis ce que je viens de ressentir dans ma tête, c’est tout ! Pas la peine de me regarder comme cela !

– Il a bien dit « dans » le bateau ?

– Je crois qu’il veut parler de cet énorme bateau noir devant nous, fit Cathy en désignant le yacht noir grec.

Bernard manœuvra pour arriver à l’arrière du yacht noir. Effectivement, il y avait bien une grande trappe à la poupe du bâtiment. Un peu à la manière des ferries qui chargent et déchargent les véhicules à leur bord.
Mais la trappe était fermée et aucune lumière, aucun mouvement suspect ne pouvaient permettre de dire qu’une vedette était passée par là. Cela semblait un peu trop rocambolesque.

– Je ne vois rien, grommela Bernard en coupant les gaz.

– Tanos dit que la petite vedette est dans le ventre du gros bateau noir, reprit Cathy, en regardant son père d’un air implorant.

– Et alors, quoi ? Tu ne t’imagines tout de même pas que je vais monter à bord comme James Bond et partir à la recherche de cette vedette ?

– Ben… C’est ce que ferait James Bond… commença Dorian en dévisageant Bernard avec sa petite bouille de garçonnet.

– Non, mais, vous rigolez ou quoi ? Si je me fais attraper, je serai bon pour aller directement en prison, protesta Bernard. Et puis rien ne dit que cette vedette soit vraiment là dedans. Le dauphin émit soudain une série de caquètements insistants.

– Non, non et non ! fit le scientifique, comme s’il répondait au dauphin.
Il n’est pas question que je prenne ce genre de risque. En tous cas, pas maintenant. Je n’ai aucune preuve que ces types en voulaient aux dauphins.

Cathy et Dorian regardèrent leur père avec insistance.

– J’ai dit non ! fit Bernard. Je vais appeler la capitainerie et demander des informations sur ce navire. Mais pour l’instant, personne ne prend d’initiative. On reste à proximité et on attend de voir ce qui se passe.

Les enfants soupirèrent, mais préférèrent ne pas insister.

Leur père fit ce qu’il avait dit : il remit doucement les gaz pour s’éloigner du yacht noir et attrapa son micro pour appeler la capitainerie. Le numéro d’immatriculation du yacht était clairement indiqué à la poupe. Il allait pouvoir s’informer sur les propriétaires de ce bâtiment. Cinq minutes plus tard, Bernard sortit de la cabine de pilotage, la mine sombre :

– Je n’ai pas de bonne nouvelle, les enfants. Ce navire appartient à une société de location grecque. Mais comme le port est complet cette nuit, il est resté au mouillage dans la rade d’Antibes. L’affréteur loue régulièrement ce yacht aux milliardaires. Rien d’anormal, donc.

– Mais Tanos nous a dit que la vedette était entrée dans le yacht, protesta Cathy. Tu crois qu’un yacht normal ferait ce genre de choses, toi ?

– Et s’il y a bien des bandits armés jusqu’aux dents à bord de ce yacht, tu crois que je vais aller leur faire un petit coucou en pleine nuit ?
riposta son père.

La petite fille haussa les épaules. Les adultes avaient toujours de bonnes raisons pour ne pas bouger.

– On fait quoi, alors ? reprit-elle. On ne va tout de même pas attendre qu’ils aient attrapé les dauphins pour porter plainte !

Bernard ne répondit pas à sa fille. Il avait pris ses jumelles et scrutait les ponts du yacht noir, faiblement éclairés par les reflets de la lune.

– Cathy ? Tu m’as bien dit que ton copain le dauphin était capable de te comprendre ? demanda soudain Bernard qui venait d’avoir une idée un peu folle.

– Oui, et il s’appelle Tanos. C’est son maître qui l’a appelé comme ça.

– « Son maître » ? C’est un dauphin dressé ?

– Il m’a montré des images où il s’entraînait avec des gens qui ressemblaient à des plongeurs de l’armée, fit Cathy sur la défensive.

La jeune fille était persuadée que son père allait encore penser qu’elle disait n’importe quoi.

– Bon. Admettons… Tanos serait peut-être capable de remplir une mission pour nous dans ce cas… repris Bernard en regardant attentivement sa fille.

– Une mission ? Quelle mission ? crièrent à l’unisson les deux enfants.

Bernard se pencha sans répondre et ouvrit l’un des grands coffres de la vedette. Il en sortit une caméra sous-marine.

– J’aimerais savoir ce qu’il y a sous ce yacht et il n’est pas question que l’un de nous plonge en pleine nuit. Par contre, si Tanos voulait bien porter cette caméra équipée d’un projecteur, il pourrait nous rapporter des images du dessous de la coque… Qu’en pensez-vous ? fit Bernard en montrant la grosse caméra aux enfants.

– Attends, je vais le lui demander, fit Cathy en se tournant vers la mer.

Une nouvelle fois, elle se concentra. Quelques secondes plus tard, la tête rieuse de Tanos émergea de l’eau sombre. Il souffla brièvement par son évent et se mit à caqueter.

– Il dit qu’il a fait cela plein de fois déjà… fit Cathy, la voix remplie de fierté. Cela faisait partie de ses missions d’entraînement.

– Alors, dis à ton nouveau copain commando de ne pas bouger, le temps que j’attache la caméra sur son dos.

Bernard avait heureusement suffisamment de matériel médical dédié aux dauphins pour trouver de quoi bricoler une sorte de harnais pouvant porter la caméra. L’installation prit une bonne dizaine de minutes. Le Grand Dauphin se laissa faire calmement, soufflant de temps à autre par son
évent. Enfin, l’animal fut prêt.

– Demande-lui de passer au-dessous de la coque du yacht. Et sans aller trop vite, s’il te plaît, expliqua le scientifique.

Cathy se concentra de nouveau et en réponse Tanos se remit à caqueter. Puis, sans attendre de nouvelles instructions, il s’éloigna de la vedette et plongea sous la coque du yacht.

– C’est quand même dingue… marmonna Bernard en regardant l’animal plonger.

– De quoi, papa ? demanda son fils Dorian en venant lui prendre la main.

– Tu trouves cela normal toi, que ta sœur et toi puissiez comprendre un dauphin ?

– Ben, pourquoi on ne pourrait pas ? Les dauphins, ils arrivent bien à comprendre ce qu’on leur demande de faire dans les parcs aquatiques.

– Et pourtant, on dit qu’ils sont moins intelligents que nous… répliqua le petit bonhomme avec toute la candeur de son âge.

Bernard caressa tendrement la tête de son fils en riant.

– Tu as raison, mon bonhomme. Allons ! Il n’y a plus qu’à patienter et à attendre le retour de Tanos.

De longues minutes passèrent. Les dauphins pouvaient rester plus de quinze minutes en plongée sans remonter respirer à la surface. Cathy aurait bien aimé pouvoir en faire autant. Elle mourait d’envie de plonger à son tour.

– Tu crois qu’elle a eu son bébé ? fit-elle soudain.

– Qui ça ? demanda son père, tout étonné.

– Ben, Naani.

– Ne t’inquiète pas, ma chérie. Je suis sûr que toute sa famille va pouvoir l’aider.

– Je n’arrête pas de penser à elle, fit Cathy en venant se blottir contre son père. J’ai peur qu’il lui arrive quelque chose cette nuit. Ce grand bateau noir me fait peur.

– Dès demain, je vais parler de ces dauphins à mes amis de Monaco et nous pourrons organiser des tours de garde pour les protéger, la rassura son père.

– Ils avaient tous l’air d’avoir très peur, reprit Cathy qui pensait au groupe de dauphins. Ce n’est pas leur lieu de vie habituel. Si cela se trouve, c’est un groupe de dauphins en fuite.

– En fuite ?

– Tu as vu les numéros sur leurs nageoires ? demanda Cathy.

– Oui. Je les ai vus. Ces dauphins ont probablement été utilisés par l’armée pour des expériences.

– Mais tu m’as dit que ces expériences avaient été interdites depuis des années ?

– En théorie, oui. Mais tu sais, il est difficile de surveiller tout ce que fait l’armée, répondit doucement son père.

– Il n’y a pas de base militaire sur la Côte d’Azur, pourtant…

– Si ! Il y a celle de Toulon ! intervint soudain Dorian.

– J’essaierai de me renseigner demain matin, fit Bernard. Bon, que fait votre copain Tanos ? fit son père en consultant sa montre de plongée.

Cathy se concentra.

– Il a presque terminé, fit Cathy. Il dit de faire attention parce que la porte arrière du yacht va bientôt s’ouvrir.

Bernard se redressa, inquiet. Il ne fallait pas mettre les enfants en danger.

– Dis-lui de nous ramener la caméra, dit Bernard en scrutant l’arrière du yacht noir avec ses jumelles.

Quelques instants plus tard, le Grand Dauphin émergea silencieusement à leurs côtés. Il émit un faible caquètement et présenta son dos. Bernard se mit aussitôt à défaire le harnais de l’appareil et complimenta sa fille :

– Tu peux le féliciter de ma part. Il a fait du bon boulot.

Cathy n’eut pas le temps de transmettre le message. Dans un long chuintement sinistre, la porte arrière du yacht commença à s’ouvrir à la manière d’un pont-levis.

– Vite ! Il ne faut pas qu’on nous voie ici ! gronda Bernard en s’escrimant sur l’une des attaches de la caméra.

Dès qu’il fut libéré, Tanos s’élança vers le large et fit un splendide saut en l’air vers la lune avant de disparaître sous l’eau. Cathy le remercia dans sa tête et se tourna de nouveau vers le yacht. Des lumières s’allumaient un peu partout sur sa poupe et la jeune fille distingua des silhouettes humaines qui s’agitaient sur le pont supérieur.

– On dirait qu’ils nous ont repérés, s’inquiéta Bernard en déposant la caméra dans un coffre.

Il fonça vers la cabine de pilotage et remit les moteurs en marche. Il ne fallait pas traîner dans les parages. Il avait à peine remis les gaz qu’un puissant projecteur s’alluma sur le yacht noir et vint les éclabousser de lumière. Bernard accéléra au maximum pour sortir de la zone éclairée.
Il passa derrière un yacht au mouillage et mit le cap vers le large. Ils l’avaient échappé belle…

Tout en vérifiant que personne ne les prenait en chasse, le scientifique pensa à la caméra. Il avait hâte de savoir si le dauphin avait pu filmer quelque chose d’intéressant. Le yacht sous-marin Le jour se levait doucement sur le petit port Georges Gallice dans la baie d’Antibes.

Au loin, les rochers bordant les îles de Lérins s’éclairaient de teintes pastel envoyées par un timide soleil surgi d’entre les nuages. Bernard profitait de ce que ses enfants dormaient encore à l’intérieur de la vedette pour lire ses emails depuis la cabine de pilotage.
Il n’avait pas beaucoup fermé l’œil. Il avait d’abord dû s’assurer que personne ne les avait pris en chasse après leur escapade nocturne. Puis il avait alerté ses amis de Monaco par radio afin d’organiser un tour de garde auprès de la zone des dauphins. Enfin, il avait trouvé un ancrage provisoire près de Juan les Pins et entreprit de transférer le contenu de la caméra sous-marine sur le disque dur de son petit ordinateur portable.

Le film pris par le Grand Dauphin avait confirmé l’existence de trappes sous le yacht noir. Ainsi que la présence de caméras de surveillance sous-marine. Un équipement étrangement sophistiqué pour ce qui ne semblait être qu’un simple yacht de tourisme. À quoi pouvait bien servir tout cet attirail ?
Bernard avait aussitôt alerté la gendarmerie maritime en leur envoyant une copie du film et un résumé de tout ce qui s’était passé la veille.
Il attendait de pied ferme l’officier qui devait passer dans la matinée pour enregistrer sa déposition.

Mais que faire ? Même si ces hommes avaient de mauvaises intentions vis-à-vis des dauphins, ils n’avaient encore rien commis de répréhensible. Difficile dans ces conditions de porter plainte ou de les empêcher de continuer à s’intéresser aux dauphins. Bernard cessa soudain de s’occuper du film.
Dans la cabine, des bruits et des grognements se faisaient entendre. Les enfants s’éveillaient. Un téléphone portable fit entendre sa sonnerie stridente.

Bernard regarda sa montre. Il y avait école aujourd’hui. La maman allait bientôt arriver pour les emmener en voiture vers le collège Romée situé à Villeneuve-Loubet. Il était temps de préparer un solide petit déjeuner pour ces deux affamés. Dorian émergea en premier. Sa petite tête tout ébouriffée apparut dans la coursive menant aux cabines.

– Bonjour, papa ! grommela-t-il d’une voix mal assurée en venant se blottir entre les bras de son père.

Bernard referma tendrement ses bras autour de son petit bonhomme. Il adorait cet instant magique où son fils venait chercher un câlin. Il caressa doucement les fins cheveux noirs de son garçon et lui asséna deux solides bisous sur les joues. Il fallait profiter de ces courts instants de bonheur. Dans quelques toutes petites années, bien trop brèves, ce serait un grand gaillard qui n’oserait plus rechercher ainsi la tendresse de son père et conserverait sa distance d’adolescent.

– Dis, papa. Tu crois qu’ils dorment encore ? fit Dorian en regardant vers la mer.

– Tu veux parler des dauphins ?

– Ben oui, bien sûr. J’espère qu’ils vont nous attendre, aujourd’hui.

– Tu te rappelles que tu as école le lundi ?

– Oh, papa ! S’il te plaît ! Pour une fois, on pourrait rester sur le bateau avec toi ? Il faut qu’on t’aide à protéger les dauphins !

– Il n’est pas question de vous faire rater une journée d’école.

– Mais si les dauphins ont besoin de notre aide, comment feras-tu ?

– Je me débrouillerai. Je suis assez grand, je crois.

– Mais tu ne comprends même pas ce qu’ils disent ! protesta Dorian en regardant son père d’un air suppliant.

Cathy choisit cet instant pour surgir à son tour du bas de la cabine. Ses longs cheveux noirs s’emmêlaient autour de son visage, dissimulant ses jolis yeux gonflés de fatigue. Elle n’avait pas beaucoup dormi.

– Pour une fois, il a raison, fit-elle en venant embrasser le front de son père. Sans notre aide, tu ne comprendras rien à ce qu’ils te diront.

– Bonjour, mademoiselle ! Je te signale que j’ai des amis en ce moment qui ont jeté l’ancre à proximité de vos protégés. J’irai les relayer dans la matinée. Les dauphins sont donc en sécurité.

– Moi je n’ai qu’un cours d’histoire géo, ce matin. Je peux très bien le zapper et venir uniquement en cours cet après-midi, tenta de négocier Cathy.

Maintenant qu’elle avait presque atteint la taille de sa mère, la jeune fille se montrait moins câline que son petit frère.

– Pas question. Ta mère me fera toute une histoire si je commence à vous faire sécher l’école.

– Allez, papa ! supplia Dorian. Pour une fois, aie un peu pitié de tes enfants ! Montre-toi magnanime !

Bernard regarda son fils d’un air stupéfait, se demandant où diable son fils était allé chercher cette tournure de phrase.

– Il vous reste à peu près trente minutes pour faire votre toilette et prendre votre petit déjeuner. Ensuite maman va arriver. Donc, pas de discussion.
Allez vous préparer ! Et en vitesse ! fit le scientifique d’un ton sans réplique.

Soudain, une grande forme grise bondit hors de l’eau, envoyant une gerbe d’eau sur le pont du bateau. Les enfants sursautèrent. La seconde d’après, le Grand Dauphin réapparut, prit son élan et se mit en équilibre sur sa nageoire caudale tout en passant à toute vitesse en marche arrière le long de la vedette. Il poussait des cris stridents.

– C’est Tanos ! cria Cathy. Il y a un problème avec la zone ! Il faut y aller ! Maintenant !

– Tout le monde se calme, gronda son père. Jean-Louis et Alain sont sur place. Je vais les appeler.

Mais le scientifique eut beau multiplier les appels à la radio, personne ne lui répondit. Inquiet, il regarda ses enfants. Le Grand Dauphin continuait à passer le long du bateau et multipliait les cris d’alerte. Bernard hésita une seconde. Impossible de laisser les enfants seuls sur le quai de ce petit port quasi désert. Pas le temps d’appeler leur mère. Si les dauphins étaient en danger, il n’y avait pas une minute à perdre.

– Va défaire les amarres ! cria-t-il soudain à sa fille en se précipitant vers la cabine de pilotage.

Cathy et Dorian poussèrent un cri de triomphe et se dépêchèrent d’obéir. L’instant d’après, la grande vedette bondissait vers le large. Après avoir mis le cap vers les îles de Lérins, Bernard continua ses appels à la radio de bord. Pendant ce temps, Cathy essayait de joindre sa mère sur son portable.
À la proue de la vedette, le Grand Dauphin fendait les flots souplement, bondissant à chaque vague pour venir surfer l’étrave du bateau. Il semblait leur indiquer le chemin.

Dorian s’était emparé des jumelles de son père et tentait de voir ce qui pouvait se passer dans la zone où se trouvaient hier encore les dauphins.
Lorsqu’une naissance devait avoir lieu, il était fréquent que le groupe reste sur une même zone couvrant environ 40 kms plusieurs jours durant.

Ils mirent quinze bonnes minutes à parvenir sur la zone. Le semi-rigide de ses amis Jean-Louis et Alain était bien là. Mais personne ne bougeait à bord. Inquiet, Bernard s’approcha à toute vitesse et manœuvra rapidement en coupant les gaz pour arrêter sa vedette juste à côté du pneumatique de ses amis.

Deux corps gisaient au fond du bateau, appuyés l’un contre l’autre. La tête d’Alain, un grand barbu revêtu d’une combinaison de plongée, portait des traces de sang dans ses longs cheveux blonds. Quand Bernard sauta à bord, le colosse commença à se redresser tout en portant la main à sa tête. Au-dessous de lui, la frêle silhouette de Jean-Louis restait immobile.
Le scientifique était emmitouflé dans une doudoune orange, les mains attachées dans son dos par plusieurs tours de ruban adhésif et la bouche recouverte par un haillon.

Bernard se précipita à son secours. Heureusement, le scientifique n’était qu’évanoui. Il revint rapidement à lui tandis que Bernard s’affairait à couper ses liens.

– Que s’est-il passé ? demanda Bernard à ses amis tout en jetant un coup d’œil autour de lui.

Le bateau était sens dessus dessous. On voyait qu’une lutte intense avait eu lieu à bord. Bernard ramassa les lunettes cassées de Jean-Louis et les lui tendit.

– On s’est fait avoir, grommela Alain en se massant le crâne. Il y avait deux grands types cagoulés. De vrais géants. Ils nous ont braqués avec des sortes de lances électriques. On n’a rien pu faire.

– Le principal, c’est que vous soyez en vie. Qu’est-ce qu’ils voulaient ?

– Apparemment, ils en avaient à vos copains les dauphins. Une fois qu’ils nous ont attachés, je les ai vus plonger. Ils ont fait descendre une sorte de cage au bout d’un treuil.

– Une cage ? Pour emmener un dauphin ?

– Ce n’est pas impossible, vu la forme de la cage. Pendant qu’ils plongeaient, j’ai réussi à me détacher, continua à expliquer le géant blond, mais quand j’ai voulu me mettre à l’eau moi aussi, j’ai reçu un coup sur la tête et… plus rien. Le trou noir.

– Papa ! Les dauphins ne sont plus là ! cria soudain Cathy qui avait mis un masque sur sa tête pour regarder vers le fond de l’eau.

– Tu es sûre ? Même pas la femelle ?

– Ils sont tous partis ! Regarde Tanos : il est complètement paniqué !

Effectivement, le Grand Dauphin tournait comme un fou autour des rochers marquant la zone et ne cessait de faire de grands sauts énervés hors de l’eau. Il fonça soudain en direction d’Antibes, puis fit demi-tour et revint à toute vitesse vers Cathy en poussant des cris stridents.

– Il dit que sa femelle a été enlevée ! Il faut aller au yacht noir ! fit Cathy.

– Comment ça, « il dit » ? grommela Alain. Ta fille comprend le langage dauphin, maintenant ? fit le géant blond, tout étonné.

– Écoute-moi, Alain. Je n’ai pas le temps de t’expliquer, mais il faut que tu appelles immédiatement le C.R.O.S. pour lancer une alerte. Dis-leur que vous avez été victime d’un acte de piraterie et explique-leur qu’on soupçonne un yacht noir grec au mouillage devant le port Vauban.

– Euh… d’accord, mais je vais avoir du mal à trouver des explications, fit Alain en se relevant péniblement.

– J’expliquerai tout en temps utile. Appelle le commandant Rhinbart de ma part. Il me connaît. Moi, je fonce au port Vauban avec les enfants. Il faut intervenir avant qu’ils n’aient fait du mal à ces dauphins. On se retrouve là-bas !

Et avant que ses deux amis aient eu le temps de réagir, Bernard remit les gaz et s’éloigna à toute vitesse du pneumatique, soulevant de grandes gerbes d’écume blanche. Lorsqu’ils arrivèrent à proximité des remparts d’Antibes, ils furent soulagés de voir que le yacht noir était encore là. Sa coque noire luisait au soleil du matin. Tout semblait immobile à bord. Le pont était désert. La trappe arrière, fermée. Tous les hublots,
éteints. Aucun bruit, aucune fumée. Rien. Bernard hésita. Il aurait dû attendre l’intervention de la police maritime. Mais il savait très bien que cela pouvait prendre un temps fou en explications. Et rien ne l’assurait que la police voudrait monter à bord. Cathy et Dorian supplièrent leur père d’intervenir. Ils étaient angoissés à l’idée qu’on puisse faire du mal à leurs amis dauphins. En voyant les yeux de ses enfants, Bernard finit par craquer.

– Très bien. Je vais monter à bord. Mais si je ne suis pas revenu dans 15 minutes, vous appelez immédiatement la police à la radio. C’est compris, Cathy ? La jeune fille hocha la tête.

– Et pas question d’essayer de me suivre ! insista leur père en levant un doigt autoritaire.

– Promis ! fit Dorian d’un ton grave. Tu vas tous les tuer, papa ? continua le petit garçon. Son père le regarda d’un air étonné :

– Personne ne va tuer personne. Je vais seulement monter voir si des dauphins ont été emmenés à bord. Normalement, la police maritime ne devrait, pas tarder. Alain les a prévenus. Donc, s’ils arrivent, vous leur expliquez que je suis monté à bord. Compris ?

Les deux enfants hochèrent la tête, impressionnés par le ton grave de leur père. Ils le regardèrent se mettre en short de bain, hésiter un instant puis attacher un couteau de chasse autour de sa jambe et enfin placer un téléphone portable dans un petit sac étanche qui disparut dans la poche de son short. « James Bond » Bernard était fin prêt pour sa mission.

– Fait attention, quand même, papa, fit Dorian d’une toute petite voix.

– Ne t’inquiète pas, fiston. Je vais juste jeter un œil et je reviens.

Il embrassa ses enfants et se laissa glisser à l’eau. Les enfants le virent s’éloigner rapidement à la nage et attraper la chaîne de l’ancre du yacht noir. En quelques instants, le scientifique parvint au niveau du bastingage. Il se rétablit rapidement et sauta sur le pont. Les enfants étaient ébahis. C’était exactement comme dans les films.

– Il assure grave, papa ! fit Cathy d’une voix pleine de fierté.

Bernard examina le pont faiblement éclairé par les lueurs de la lune. Le navire semblait désert, mais le sol vibrait doucement, comme si un moteur animait la grande carcasse de fer quelque part en ses entrailles.
Le scientifique devait lutter contre sa bonne conscience qui lui soufflait de repartir rapidement, sa situation actuelle étant totalement illégale. En même temps, des années passées à lutter contre les hommes pour protéger les dauphins lui avaient appris qu’il fallait souvent transgresser des interdits pour obtenir gain de cause.
Il décida de se fier à sa bonne étoile, en espérant que la police maritime intervienne rapidement. La
première porte qu’il ouvrit donnait sur une longue coursive intérieure.

Bernard entra en silence. Il lui fallait trouver un passage menant vers les cales. Si les dauphins étaient à bord, c’était certainement vers le fond du navire. Bernard descendit d’un niveau, trouva un autre sas et l’ouvrit. Toujours personne. Aucun bruit, hormis cette vibration venant du bas. Il continua sa progression en silence, descendit encore d’un niveau.
En jetant un œil par un hublot, il se rendit compte qu’il était arrivé juste à la hauteur de la mer. Il distinguait les petites têtes de ses enfants, postés à l’avant de leur vedette. Le cœur de Bernard se serra
tout à coup en réalisant qu’il avait laissé seuls ses deux enfants. Pourvu qu’il n’ait pas affaire à des criminels prêts à tout ! Puis il repensa aux dauphins, à la cage aperçue par Alain et sa motivation lui revint aussitôt.

Au moment où il allait ouvrir la porte d’un sas menant vers les cales, il entendit des éclats de rire poussés par une voix grave de l’autre côté de la porte. En un bond, il alla se cacher derrière l’un des canots de sauvetage alignés sur le pont. Juste à temps : le mécanisme du sas se mit à grincer et la lourde porte de fer pivota, laissant apparaître un marin aux bras tatoués. Il était accompagné par un autre type encore plus grand, revêtu d’une combinaison de mécanicien. Les deux hommes plaisantaient
dans une langue étrangère que Bernard ne reconnut pas.

Le scientifique attendit que les deux costauds se soient éloignés et se faufila à l’intérieur. Un escalier étroit descendait rapidement vers les profondeurs du navire. Bernard resta un instant aux aguets pour vérifier que personne n’allait arriver, puis il descendit le plus vite possible l’escalier, déboucha sur un nouveau couloir encombré de caisses et alla se cacher derrière elles. Les mains posées au sol, il sentit que la vibration devenait de plus en plus forte. Il y avait bien un ou plusieurs gros moteurs en train de tourner dans les cales. Mais à quoi pouvaient-ils bien servir vu la faible activité qui semblait régner à bord ? Bernard voulut se redresser pour continuer son exploration, mais de nouvelles voix se firent entendre à l’autre bout du couloir.

Bernard se cacha un peu plus derrière les caisses. Deux nouveaux types apparurent, aussi grands que les précédents. Cette fois, ils portaient une sorte d’uniforme gris et des armes en bandoulière. Bernard avala difficilement sa salive. Dans quel pétrin était-il venu se fourrer ?
Les hommes s’emparèrent
chacun d’une caisse et repartirent par où ils étaient venus. Bernard attendit que son cœur se calme. Mais deux minutes plus tard, deux autres hommes armés apparurent à leur tour et vinrent eux aussi prendre des caisses.
Le scientifique comprit qu’ils finiraient par prendre les caisses qui le cachaient. Il ne fallait pas rester là. Soudain des pas résonnèrent sur le mont supérieur. À tous les coups, les deux marins avaient fini leur pause et revenaient continuer le boulot. Il allait se retrouver coincé des deux côtés !

Affolé, il chercha de tous côtés une autre cachette. Mais impossible ! S’il revenait en arrière, il allait tomber sur les marins. Et s’il continuait dans le couloir, il se retrouverait face aux militaires. Que faire ? Ses mains touchèrent par hasard le contenu d’une des caisses restées ouvertes : des uniformes de steward qui revenaient du pressing !
Vite ! Il enfila un uniforme. Juste avant que les deux marins n’arrivent à la porte du sas en haut de l’escalier, il se redressa d’un coup, sortit de sa cachette et attrapa une caisse qu’il posa contre son épaule en la maintenant de son bras levé. Il partit vers le fond du couloir.

La porte s’ouvrit devant lui à ce moment, tenue par l’un des gardes armés. L’homme s’effaça poliment pour laisser passer Bernard, le prenant pour un membre de l’équipage en train de porter une caisse. Bernard continua à marcher d’un pas ferme. Mais son cœur battait à toute allure dans sa poitrine. Le couloir menait à une autre porte.
Il l’ouvrit d’une seule main, l’autre étant occupée à maintenir la caisse en équilibre contre
son visage. Le bruit sourd de moteurs électriques lui sauta aux oreilles.
Il découvrit sous ses pieds une gigantesque cale qui semblait faire une bonne moitié de toute la surface du yacht.

L’arrière de cette cale était occupé par un bassin bordant la porte arrière. Il reconnut la vedette noire qui flottait dans ce bassin. Bernard sursauta. Il venait d’entendre le cri d’un dauphin. Ses yeux cherchèrent parmi les étranges appareils qui peuplaient la cale. Il finit par découvrir plusieurs grands aquariums, chacun de la taille d’une grosse camionnette, autour desquels s’affairaient des hommes et des femmes en blouses blanches.
Il se passait quelque chose d’anormal.

Entre les deux aquariums, une table d’opération était dressée, entourée de tous ses appareils médicaux. Plusieurs médecins s’affairaient autour du corps d’un dauphin. Bernard sentit son stress monter fortement, mais il se calma en voyant qu’une personne était chargée de ventiler l’animal.
Ils étaient probablement en train de l’opérer.
Mais pourquoi ? Et surtout, de quel droit ? Bernard s’avança doucement le long de la coursive qui
surplombait la cale. Il espérait arriver au-dessus de la salle d’opération pour en savoir un peu plus. En apercevant l’aileron dorsal du dauphin opéré, il reconnut aussitôt la petite femelle avec sa tache blanche caractéristique.

Naani !

Et soudain, Bernard comprit. Ils étaient en train de l’aider à mettre bas! Stupéfait, Bernard posa sa caisse, oubliant complètement qu’il devait se cacher. Il descendit lentement une échelle menant vers le bas de la cale et s’approcha de la zone d’opération. Personne ne semblait lui prêter attention. Bernard allait de découverte en découverte.
Il passa à côté d’un sous-marin de poche, contourna plusieurs sonars sophistiqués, du matériel d’analyse biologique, deux jet skis peints en noir, un 4×4 rutilant et même des armes de poing négligemment posées sur une table, entre deux bouteilles de vodka. Sur quoi était-il tombé ? Le groupe médical entourant
la femelle dauphin se mit soudain à s’agiter.

Des ordres circulèrent à toute vitesse. Sur un des écrans de télévision géants qui surplombaient la table d’opération, Bernard distingua une petite forme blanche. Au début, il ne comprit pas ce que c’était. Et pour cause : ce qui se passait était un événement d’une extrême rareté. Et puis le
scientifique reconnut la silhouette d’un bébé dauphin.

Naani venait de donner la vie.

Bernard mit plusieurs secondes à réaliser que ce bébé dauphin était de couleur blanche. Pas d’un blanc laiteux comme pouvait l’être celui des dugongs par exemple. Non. Un blanc lumineux, presque éblouissant sous la lumière des halogènes.

Un dauphin blanc ! Bernard n’en revenait pas. Durant toutes ces années passées à étudier les dauphins, c’était la première fois qu’il en voyait.

– Étonnant, n’est-ce pas, professeur Bernard Treeman ? fit soudain une voix féminine dans son dos.

….

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